CHAPITRE 9
Chapitre 9. CODA

 B.9. Témoignages de musiciens.

b 9 a - Jean Cybélia.

(Propos recueillis par le Professeur Lahdenhiiri et qui ont provoqué l'ire de Kikka Nemo. Par jalousie, celui-ci a accusé dans les colonnes nauséabondes de son torchon le Mot de Carolfors le Professeur Lahdenhiiri de forfaiture aggravée. La bêtise des écrivaillons qui commettent journellement de telles déjections n'est égale qu'à leur incompétence. Rappelons nous Jean-Sébastien (Bach) qui disait: « Les critiques musicaux ne sont capables que de pets. Seraient-ils musicaux qu'il pourrait leur être pardonné. Las, ils ne sont que puants ». in Cantate des Chiottes BWV 3009).

Jôô, Jôôôôô! (puff! puff!)... Heikkiiiii, j'men souviens bieeeen. Späh? Môman?... T'avais un ptit faible pour ce geurdin.

Mon meilleur élève kc'était... Hüii!

Plus doué en tous cas qu'cette faignasse de Madé. S'pâh? Môman?...

Mais un sacré gââspilleur de talent aussi... Ses 0Ýöëüvrettes de jeeuûness'...pfft (puff! puff!).

Hûüuiiiïÿ...!

Cà aurait pûüu...h Cà aurait pûüu...h (puff! puff!).... S'pâ?

Si j'connaissais sa sinfonia, comment dites vous ?  Comica? Ah nooon? COSMICA? Ahaah!.... Haah? Nooon.... Jamais entendu (puff! puff!) paaaarler! Nooooon....

(Sacré menteur va ! (Il y a eu dans la presse, entre 1931 et 1945, 332 annonces successives de la disparition de Koskenkorva et 78 notices nécrobiotiques successives.)).

Allééé... Voilàhàà qu'il fôôô qu'jaill' fair mon pôpôôô...
Spàhàà.... Môôôman????...

A mon âge, c'est autrement difficile que d'écrire une symphonie.

Même Cosmica. Ähä.

Süürtout Cösmikääää! ÄhäÄhä... ÄrrrhäääÄ...
Huuuuiiiiïï!!!!....(!).

b 9b - Misha Madélius.

Entretien radiophonique de la série "Nos compositeurs de notre temps et de notre pays". Réalisation de Risto Vatanen.

Jähää..... (sslûûûûûûrppp). Ce vieux Kôkô. Ah ce n'était guère un rival pour môa comme certains malintentionnés (suivez mon regard) ont tenté de le faire accrôare aux naïfs. Nnnooon... Pôëndutout! (sslûûûûûrpp)... Un bon côôpain ouiiiii (sslûûûûrpp) Mais pââs un gêênie, loindelâââââ... On ââ fait courir bien des brûïts sur lûïï. Sûr une soi-disant inflûënce sur certaines de mes oeûvres aussi... (sslûûûrp)  Oû encore cette incrôôyable histôire de la symphonie Côsmique (ou Cômique si l'on préfère...) qui n'â jâmais existé sinon dans l'imagination d'un quelcônque frelûquet de pïsse-côpie...
(slûûrp)...

Ssïsïïïï... Je voûs l'assûrrr!...

Un rigôlô c'était. Un foutu rigôlô semeûr de merde...
(slûrp)...

J'aïme pas beaucoûp qu'on m'parle de lui bôrdel...
(slûp).

J'aïmpaçà... Dûtoûdûtoût...
(slp)...

Et puis, quoiquilafoutu danssavie ç'côn? Heïn? Courûlagueus' et chié dans l'frôc des aût'...(sp) et maint'nant quiquivoupaïe pou'vni'm'emmédé? hé? hE????? Bannnd'salô HE? HEEEE?...
(s)

FOUTEZ MÖA L'KAMDICI... TOUTTSUITT... PTIMERDEUX... PASSQU'CHSUIS L'MEILLEUR, L'PLUSGRAND, L'PLUSFORT DD'TOUS (Rrrhâââ...)

COMPRIS?

P'TITROUDUC!
(ss)

(Ahan, Ahan, Rhhhhhäää....)

Enfin... (ssp) V'allons pas nous fâcher pour sipeu?...(sslp) (Arhä Hä...) C'pas en direct vôt magnéto d'merde... Non? Heïn? (sslûp) Alors onrcommenç' ssiv'vlébïen?... V'lépazuncoû? Nôôôon? Tanpi pv'voû...

 (Ahüm...sslûrp).

 Hâlöörss dônnk noûdizïoonsss (ça marche vôt bôbinard?. Ouaaaais?...)
(...ssslûûrp...)

Ceû chaäïr Heiiikküüï! ûnng gââârçong dééélicieûsss... Trèèèsss douéééèè... Trèssstrééèèssss...
(ssslûûûûrp).

 Hîîîl'l'auraïyt pûûhh fèrrrr' èd' d'd'd'grand'd'd' chôôôôzss, si l'l'l'à vvvvie l'llui av'avv'vait ss'sourï'...
 ihïÿc... ihïïï...
 (ssslûûûûûrpp).

 C'C'certes, scscertes!!...

L'lla disparû ûh ung beau jouür s'ssanss s'qu'on ohôn s'es'sâche ess'c'qui l'était ed'deuveunûûûû
 (ssslûûûûûûrpp)...
(Rhompff! Vvvvlépazûnptï-coûûû,???   Poûrsûûûûrrrr?????).
(...ssslûûûûûûûrpp...)
(Ärhompff! Ärrhgh ...)
Häffinnnnn.....!!!!!! d'quoikonparléééé'éhèè??????...
(sssl'lûûûûûûûûr'ppp......)
(ÄhÿKKK...)
Benge'ha'enti d'ètv'nû emvôi...
(Räämompff, Ärghmömpft...)
(...Ssslllûhûüürrrppp......)!!!.

F'dra érvnï'...hrh... (Hÿk!)...

'Bliez pa âl'bouteill'...
(RRrrmömpffff... (ÄHÄäÄrrrr'hÿk'mmmpff, (rrrhäêû'hm'hm...)

b 9 c - Hémil Henricius (témoignage).


Au cours de son ultime entretien, Claudius Henricius, le célèbre détective privé m'a fait part d'une étonnante découverte que j'ai enregistrée et dont je vous livre in extenso la transcription. Je me suis contenté de dissimuler les noms afin de ne pas porter tort à des mémoires célèbres. Je dois ajouter que j'ai vu tous les documents dont parle Henricius avant de les brûler devant moi. Je garde précieusement dans le sixième sous-verre au dessus du portrait de mon chien une cendre que j'ai dérobée pendant que le Maître du Mystère expirait. Qu'on la passe aux rayons X ou qu'on la bombarde avec le mégatron et on verra que TOUT EST VRAI !

Ce jour là une bande magnétique fut anonymement déposée dans ma boite de nuit. Aucun hiéroglyphe ne me permettait d'en identifier l'expéditeur. Je me précipitai sur mon magnétophone et entendis une voix fatiguée m'interpeller  :

« Écoute petit. Cette bande est enregistrée sur un support spécial... (râle)... Au fur et à mesure que tu écoutes ma voix, celle-ci s'effacera à jamais... (râle)... Afin qu'aucune preuve tangible ne reste de mon témoignage... (râle)... Ils m'ont eus. Je sais que je vais bientôt mourir... (râle)... Cours vite voir le vieux Nuoteja, le célèbre copiste à l'adresse suivante:" (suivait une adresse que j'ai juré de taire jusqu'à ma mort [Salogaud. Va ! (N. de l'E)] "il te remettra une autre bande magnétique identique à celle-ci qui te révèlera tout. »

 Le silence se fit.

Je n'avais que trop perdu de temps. Je pris mes gants et mon écharpe bleue et me jetai dans un taxi qui semblait m'attendre.

La bicoque devant laquelle il me déposa semblait abandonnée, pourtant la porte n'était pas fermée à clef. Je pénétrai dans une pièce sombre qui sentait le renfermé, le pipi de chat et la moisissure. Quand mes yeux se furent habitués à la pénombre je distinguai le vieillard qui râlait sous une couverture élimée en tendant les bras vers moi ! Je me dirigeai vers lui et m'assis à son chevet sur un tabouret tout aussi branlant que son chef.

Alors d'une voix lointaine et affaiblie par l'âge et les abus divers, il parla...

« En 1930 Koskenkorva avait terminé la symphonie Cosmique. J'étais alors le meilleur copiste de tout Carolfors. Il me confia son manuscrit pour que je le mette au propre.
J'en fis une première copie et attendis que notre Grand-Homme revienne me voir pour effectuer les dernières corrections. L'œuvre était imposante et ma connaissance de la musique me permit de voir qu'il s'agissait bien de la plus incontestable manifestation du génie humain que j'aie rencontré dans ma vie. A chaque note l'émotion étreignait un peu plus mon cœur. Je ne sais comment il a pu résister et comment j'ai survécu à une telle épreuve pour moi si indigne.
En attendant la venue du Génie, chaque jour j'en lisais quelques notes. C'était ma prière et mon acte de foi dans la beauté de la Création Divine.
Mais le temps passait et Koskenkorva ne venait toujours pas. Évidemment mes autres clients allaient et venaient chez moi pour de menus travaux et beaucoup furent intrigués par le volumineux manuscrit qui recouvrait mon bureau. En particulier, je ne pus m'empêcher de laisser traîner des pages ouvertes en sachant que la curiosité d'un Madélius où d'un Cybélia ne manquerait pas d'attirer leur attention. C'est ce qu'il advint. Hélas!
Madélius écrivait alors sa 4ème symphonie et Cybélia sa 8ème.
En 1930, le bruit courut qu'Heikki était mort. Comprenez moi, j'avais eu des frais pour toute cette copie. Et personne pour me rembourser. Devant leur insistance, j 'acceptai, en leur faisant promettre le plus grand secret, de prêter à l'un l'original et à l'autre ma copie. Moyennant une légère redevance bien sûr. Mais je vous jure que chacun d'eux croyait être le seul possesseur de l'unique copie existante.
Je n'ai plus entendu parler de rien. La guerre est venue avec son long cortège de malheurs. Je n'ai plus revu ni Madélius, ni Cybélia. Personne ne connaît cette histoire. Seul un vieillard en aussi mauvais état que moi était au courant. Un ami détective du vieux temps qui avait dû deviner des choses. Il est revenu me voir la semaine dernière. Ainsi il savait lui aussi. Et probablement plus que moi mais il n'a rien voulu me dévoiler. Il m'a simplement donné cette enveloppe pour vous. Et maintenant laissez moi mourir en paix... »

Le vieillard se tourna vers les champignons qui prospéraient sur les murs et se tut. L'atmosphère frissonna de soulagement. Je pris le paquet et m'enfuis comme un voleur.
 Le taxi avait disparu. Il faisait nuit. Un crachin glacé tombait et s'infiltrait sous mes vêtements, poussé par un petit vent aigre qui augmentait au fur et à mesure que je me rapprochai du bord de mer.

En pénétrant chez moi j'en étais sûr, j'avais pris froid.

Je préparai un grog, me séchai, mis mes pantoufles et ma robe de chambre la plus chaude et remis au lendemain la suite des événements.

Le lendemain, j'étais enrhumé.

J'oubliai quelques temps le paquet mystérieux. C'est l'autre jour, en faisant des rangements que je le découvris sous une pile de journaux. J'en sortis la bande magnétique et la mis sur le plateau du magnétophone.

La même voix reprit son récit interrompu.

« Je connaissais Cybélia et Madélius indépendamment l'un de l'autre mais tous les deux pour des raisons similaires car j'avais effectué pour eux des filatures de leurs épouses respectives. Je connaissais également bien le cher Nuoteja car nous partagions alors une petite amie commune, à l'époque étudiante en musicologie. Était-ce le fait que Nuoteja était déjà un misanthrope jaloux et hypocondriaque, mais la chère petite me racontait tout ce qui se passait chez lui où elle aimait farfouiller en son absence, alors que je suis sûr qu'il n'a jamais rien su de mon existence. La chère petite. Elle avait une ce ces chute de reins....(râle... râle... râle...) Mais ne nous égarons pas. Elle a fait carrière depuis... pas dans la musicologie mais... bref. Je te raconterai çà un autre jour. A l'époque, Madé et Cybé croyaient l'un et l'autre être les seuls possesseurs du l'unique exemplaire de la Cosmica car c'est ce que le cher (dans tous les sens du terme rhââ rhââ!) copiste leur avait fait croire. Ils ignoraient toutefois que MOI je connaissais aussi leur secret et que contrairement à Nuoteja je n'étais pas lié à eux par l'argent.
Pendant un certain temps j'oubliai l'affaire et vaquai à mes enquêtes diverses.
L'une d'elle me mena en Galicie et j'en profitai pour renouer avec Mischa qui s'y trouvait lui aussi, histoire de voir où en était sa dernière oeuvre, la 4ème Symphonie presque achevée à ma dernière visite. Je le rencontrai à Houilles-je-Cognes-sur-Mère. Il allait bien avec son O. dans une petite chambre au milieu des maraîchers et des coqs. Tout fiérot il me montre le manuscrit de sa 4ème. J'ai un cri du cœur...COSMOS, ciel. J'avais reconnu, réécrite par lui l'oeuvre impérissable dont m'avait tant parlé ma mignonne chute de reins. Mischa ne dit rien mais en reprenant "son" manuscrit, ses mains tremblaient. Je ne le revis pas. Le lendemain, il fit ses bagages. On raconte qu'allant prendre son train à la gare du Grand Nord il déposa sa valise dans la salle des pas perdus. Quand il voulut la reprendre trois heures plus tard, elle avait disparu. Il ne déposa pas plainte nin ne parla plus jamais de la 4ème symphonie sinon comme de « l'œuvre volée. »
La même année je me rendis à Heinila voir Cybélia. On le disait alors en pleine crise compositionnelle et sa 8ème Symphonie qui me plaisait tant n'avait toujours pas été créée. Ce mystère m'intriguait et je voulus en avoir le cœur net. Je le vois en pleine forme. Crise compositionnelle? Mainonmainon. Troubles métaphysiques? Encormoins. Il fumait un cigare gros comme un barreau d'échelle, A. pépiait autour de lui avec les enfants. Bref le paradis. Quand je le lui demande, il ne se fait pas prier pour me montrer le manuscrit de sa 8ème, celle que le monde entier attend. Et qui fait tant jaser. Que tout le monde dit qu'il arrivera pas à se renouveler etc. Mais quand je le prends en main et l'ouvre, je ne peux aussitôt m'empêcher de sursauter et je m'écrie malgré moi: "Enfer et Damnation, c'est cosmique..." Cybélia m'a compris à demi-mot il me retire le chef-d'œuvre des mains et on n'en parle plus.
Le soir venu, je le surprends qui allume le sauna avec le manuscrit. M'apercevant il sursaute et joue le confus « Horreur, je me suis trompé » s'écrie t-il en me voyant surgir. Trop tard. Le manuscrit flambe déjà et avec lui la preuve ultime de la forfaiture. Je n'osai bien évidemment en parler à quiconque. Qui m'aurait alors cru... J'avais lamentablement échoué dans cette enquête qui m'eût fait connaître la célébrité ! Lui non plus je ne le revis plus.
De honte l'un et l'autre ont alors cessé d'écrire jusqu'à leur mort, sinistre, solitaires, alcoolisés à 200%.
Et moi je me terre depuis ce temps avec à mes trousses leurs agents damnés qui ont peur que je parle. Tous les accidents auxquels j'ai réchappé... Les faux-témoignages... Ma carrière était brisée... Mais vous leur direz à tous que je n'ai rien dit à personne... vous témoignerez pour moi de mon absolu silence... »

La bande s'interrompit. Je tentai de la réécouter. Rien. Tout était effacé.

b 9 d - Hauskia Nuoteja, copiste à la retraite.

Ce témoignage est essentiel. Il confirme et complète celui d'Hémil Henricius sur bien des points. Mais lisez-donc :

« J'ai été le copiste de tous les principaux compositeur Caroliens de la première moitié de ce siècle. Ils appréciaient particulièrement la finesse de mon écriture et le très petit nombre de fautes. Je ne rentrerai pas dans les détails pour ne pas avoir l'air prétentieux, mais il m'est souvent arrivé de corriger des erreurs musicales graves de nos symphonistes les plus célèbres, comme C. ou M. par exemple.
Je dois avouer que, dusse ma modestie proverbiale en être éclaboussée, bien souvent même il m'est arrivé d'ajouter une petite trouvaille personnelle qui fait aujourd'hui la gloire des compositeurs.
Par contre, je n'aurais jamais osé ajouter ou retrancher une seule note d'une partition de Heikki Koskenkorva. Non par crainte de ses réactions - il se moquait éperdument des ses manuscrits - mais tout simplement parce que j'avais un respect infini pour son génie.
A propos de sa Sinfonia Cosmica, j'ai reçu le manuscrit en plusieurs livraisons entre 1920 et 1930; si tout d'abord le Maître m'apportait lui-même les premières esquisses, ensuite, alors qu'il semblait voyager de plus en plus, ce fut par la poste que je les recevais. Tenez, regardez, j'en ai précieusement conservé les enveloppes. Je vous en ferai parvenir demain sans faute un relevé exact grâce aux oblitérations qui sont toutes lisibles (Hélas et malédiction. Hauskia s'est fait renverser par un renne emballé le lendemain de notre rencontre et sa vieille gouvernante Vapaa ja Rapaa s'est dépêchée de brûler "toutes les vieilles saloperies qui traînaient dans son capharnaüm...". (Relation à l'auteur de Claudius Lenissius).). J'ai longtemps gardé par-devers moi ma copie et la facture qui, aujourd'hui encore me reste due.
Quand ils venaient me voir, C. qui écrivait alors sa 8ème Symphonie et M. qui n'en était qu'à sa 4ème semblaient plus intéressés par l'œuvre de Koskenkorva que par la leur propre. Désespérant de me faire payer ma copie j'ai accepté, moyennant une faible rétribution, de leur prêter à l'un l'exemplaire mis au propre et à l'autre le manuscrit original. Tandis que C. rejoignait sa villa près de la capitale, il emporta également ses esquisses de la 8ème symphonie, tandis que M. emportait dans une Grande Capitale au-delà des Océans les pages déjà copiées de sa 4° symphonie. Il est inutile de préciser que je leurs avait fait jurer à chacun de ne parler à personne de notre petit contrat.
Quand ils venaient me voir, C. qui écrivait alors sa 8ème Symphonie et M. qui n'en était qu'à sa 4ème. semblaient plus intéressés par l'œuvre de Koskenkorva que par la leur propre. Désespérant de me faire payer ma copie j'ai accepté, moyennant une faible rétribution, de leur prêter à l'un l'exemplaire mis au propre et à l'autre le manuscrit original. Tandis que C. rejoignait sa villa près de la capitale, il emporta également ses esquisses de la 8ème symphonie, tandis que M. emportait dans une Grande Capitale au-delà des Océans les pages déjà copiées de sa 4ème symphonie. Il est inutile de préciser que je leurs avais fait jurer à chacun de ne parler à personne de notre petit contrat.
Quelle ne fut pas ma surprise quand tous deux m'annoncèrent qu'ils avaient décidé de réécrire complètement leurs symphonies respectives, le jour même où pour la première fois on annonça la disparition de Koskenkorva.
Je flairais quelque chose de louche, mais par respect pour ces sommités n'en soufflai mot. »

b 9 e - La Caballius.


« Oh! Commé c'été joulijouli ce pétit chant élisèlle. Peu beaucoû dé vocalisé nè? Ma l'esspréssioun ! Ouné capolavoré. Oléoléééé... Epoi, cétépa lou Boulézino na lé Chtockauzénino quil aurait pou sortir dé leur gorze ounn'tel coui coui..... »

(extrait de l'émission radiophonique pour les non-voyants: « Miousic, Musique, Musika, kessketa amcourir otrain » de Mino Riestinen).


b 9 f - Mon concierge un soir au Cosmos.

C'est un soir de biture, de celle qui, au petit matin blême ne vous laisse que gueule de bois et jambes molles, que mon concierge m'a tout dit sur ce phénomène universel qu'on appelle musique, music, musick, musiikki, musica, etc.... « La musique, a-t-il commencé, la musique, après tout qu'est-ce que c'est? Qu'est-ce qui se cache derrière ce mot poubelle... Demandez à un natif du Goulouchistan, à un tambourizingueur de Java, à un négro du Bronx, à un pédé de Salzbourg, au tambour major de mes deux, à l'accordéoniste du coin, au jazzoteux, au disque-jockey, à l'auteur de sonals, au chansonneur, au filmonoteur... La musique, langage universel? Ils me font bien rigoler les mecs... Qu'est-ce que tu y mets toi, derrière ce mot cache-misère ? Une symphonie de Beethoven ? Et l'autre ? Le général du Chili ? Une marche ? Pas la Marche Turque en tout cas ! Restons aryens quand même ! Quoi de commun entre la musique militaire, la java, l'Art de la Fugue, le Rock de mes deux. Rien. Rien, sinon le fric du capitaliste manipulateur. Qu'il soit marchand de canon, politicard, imprésario à cigare, la musique ça sert à se vendre et à vendre. Autrefois çà servait aussi à gloriole. Le prince, l'évêque, çà les faisait bander. Aujourd'hui même plus. Ce n'est plus qu'instrument de manipulation du gogo. C'est çà que le Koskenkorva il a dû vouloir dire quand il s'est tû. La musique çà existe pas. Y a rien derrière cet attrape-couillon de mot. Et d'abord, où ça commence la musique? Et où çà finit ? L'Aââârt... T'en a plein la bouche de ce mot. C'est-y de l'Aââârt la musique? Çà existe pas, je te dis. Çà sert à se trémousser au dancing, à pleurer à l'église, à frémir patriote sous l'Arc de triomphe, à casquer tout ton flouze au concert rock, à sociabiliser snob à l'opéra, à invoquer les célestes dans la tribu du primitif, à acheter plus dans le supermarket, à brailler sa joie de maçon napolitain, à accompagner le Brassens tout cru, à bramer le psaume luthériste et des tas d'autres choses que t'en as même pas idée. Qu'est ce que vous-êtes ? Musicien !... Qu'est-ce que vous faites ? De la musique! Qu'est-ce que vous aimez ? La musique ! Qu'est-ce que vous achetez ? De la musique ! Pose tes questions. Tu n'es pas plus avancé après çà...
C'est pour avoir trop réfléchi à tout ce salmigondis qu'il s'est tû l'Heikki. Ne savait plus pour qui, pour quoi il écrivait ses pattes de mouches. Trop c'est trop. Vaincu. Annihilé par les marchands, les commentateurs, les vendeurs, les producteurs, les classificateurs, les interprètes, les critiques, les analystes, et tous les autres qui se cachent derrière.
Misère et pauvre de nous... »

b 9 g - Trio Capolavoro.

Déclaration publique des membres du trio Capolavoro à l'issue de la création mondiale de la Sonatiini pour hautbois, piano et contrebasse, sur le plateau le l'émission musicale « Intervilles » d'Adam Ruggiero, Zénon Litro et Poché Millac (Chaîne Nationale du Béton Massif) :

« Nous sommes heureux et flattés d'avoir été honorés par les services de sponsorisation de la Société JACOB & COMBALUZIER et PETIT BATEAU pour créer cette oeuvre magnifique.
Cela a d'ailleurs coûté assez cher aux chères Sociétés LIBERALE & OBLIGATOIRE et ROUX & DELAFON, sans compter les petits fours de la fin.
Nous profitons de la présence de la télévision et du célèbre critique Toutpétécocu la Fermière pour vous remercier tous autant que vous êtes et pour saluer nos amis et supporters des Amis de la Musique de La Garenne Colombes qui peuvent se développer grâce à la compréhension des BISCUITS VEREUX, du CREDIT CAMPAGNARD, de la PAILLASSE HYGIENIQUE et de Monsieur le Maire.
Cette oeuvre est un chef d'œuvre qui, l'avons nous dit ? Nous honore, tout comme nous l'honorons de notre talent reconnaissable et reconnu.
J'espère que ce concert, pour lequel nous sommes sensibles à la qualité de l'accueil du cher public et en présence des représentants des Sociétés La DRAISIENNE A MOTEUR, Le CUL DE JATTE AERODYNAMIQUE et Le PARAPLUIE ATOMIC, nous vaudra beaucoup d'autres concerts et beaucoup d'autres créations géniales. D'ailleurs nous comptons bientôt, suspendus à l'aide financière et morale de nos chers sponsors les Sociétés MOULINETTE AVERTY, FROMAGE SANGLANT et CAPOTE ANGLAISE en réaliser un disque noir, un autre rouge et un compact d'or sans compter les vidéocassettes et autres inventions à venir des Sociétés SONNÉ, YAYAMA, TITICACA et HONDÉE BIENFAISANTE. Vous trouverez à la sortie l'adresse de notre Bureau de Concerts qui sera heureux de vous offrir contre versement d'une somme minime un délicat prospectus concocté par Les IMPRIMERIES GOLAUD dans lequel se trouvent les principaux renseignements pour nous aider dans notre œuvre culturello-humanitaire et tous les moyens pour payer moins au fisc tout en contribuant à notre prospérance alimentaire et à votre félicité mentale.
Après cela il ne nous reste plus qu'à prendre congé en réaffirmant notre devise qui reste éternellement la même: « Défendons la musique aussi bien qu'elle se défend, chacun chez soi et les vaches seront bien gardées. »
A bon entendeur, port-salut. »
(Interviou télévisée réalisée par Petit-Paul Pétélacharnière, pardon ! Petitoupitié la Salière au cours de son émission « Musique au cul »).


b 9 h - Albert van Kakarajanus
Ach so! Koskenkorva! Das ist meine plus grosse regret de mein leben.
Moi grosse dirigent. Tout dirige' dans ma vie. Mille Mozart, deux mille Strauss, cent mille Beethoven. Mais - Ach! - keine Koskenkorva.
Koskenkorva plus Kolossal que Alles.
Koskenkorva comme Deutschland. Über Alles. Aber grosse symphonie perdue. Mein Gott ! Cosmos symphonie probablement seule oeuvre digne de mon Kolossal ge'nie. Drame de ma vie aber aussi drame pour Humanite'. Comme si neuvie'me symphonie de Beethoven perdue. Sans neuvie'me symphonie plus hymne pour Grosse Europa. Sans Cosmos de Koskenkorva pas hymne pour Monde und Universo.
Ach!.. Ach!.. Krieg gross malheur!........ Heureusement Paris Bedides Damoizell'....


Nous avons quitté la chambre d'hôpital du grand chef sur la pointe des pieds, respectueux de la sinistre mélancolia beethovéniana qui le saisit régulièrement tous les soirs à l'heure de l'apéritif, laissant ainsi la place à la danseuse nue du Czerny Horse Saloon qui lui tient charitablement la dure tant qu'endure et dure cette dure épruve. Au moment où nous sortions et qu'elle entrions, les premières notes de Kavalerut léger, l'œuvre favorite du Maître, commencèrent doucement à résonner tandis qu'à l'apparaudition, visuelle, tactile et auditive, le regard du plus grand chef de notre Histoire s'éclairait enfin tandis qu'il ouvrait ses bras tremblants pour mieux s'introduire en leur sein harmonieux...
(Bedaine-Bedaine-Am-See: 12 Octobre 1995, recueilli par Petit-Paul Petitoutpetit. Paru dans sa feuille de chou le 25 novembre de la même année sous le titre: « C'est pour l'entendre ou pour le Maître ? »


 H9. SILENCE en guise de conclusion.
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Du haut de la colline…    un soleil rougeoie...    les nuages immobiles finement dessinés...     au loin un homme descend au centre de l'écran …   il disparaît et réapparaît au milieu des arbres clairsemés  … soudainilsaut'  …  reste un instant suspendu  …    puis  redescend   et disparaît,   comme croqué par le limon  …   il marche encore …   se ramasse sur lui-même, petite boule claire abandonnée dans le lointain    puis se détend …   ses bras s'agitent affolés comme son cœur qui bat trop vite, trop fort et il s'envole oui …   ses pieds quittent la terre tirés vers le ciel infini …  attachés à  ses jambes qui s'allongent et quittent comme à regret le sol uniformément vert avec juste quelques petites taches de couleur    qui doivent-être des fleurs   … IL S'ENVOLE... Ú   un instant  …  plus tout à fait sur terre...   pas encore dans le ciel   ...     s'agite maladroitement …   perd l'équilibre …   et                c o m m e         d a n s     u n      r a l l e n t i i i        c i n é m a t o g r a p h i q u e ...       effectue



semble      hé - si -  ter     une
  second'   loooonnnn -  gue  coooommmmme l'éééééteeééèèrrrnitééééééééééé ...
       comme    suuuspendu   par un    fiiiiiiiiil     invisiiiibl'...
        maisquelespritmalincoupe-t-illefilarbitrair' !   
 l'homme-oiseau  

t
  o
   m
      b'
        t
          r  
             è
                 v
                     i
                          t'

   ets'écrââââs'ausol ! 6   

et sous l'herbe il y a le marais     et la pierre   et de loin on imagine le visage ensanglanté.....        ridicule......    mais la distance cache l'essentiel...    l'homme se redresse     leeen - teeeeeu -  meeeeeent   ...    s'assoit un court instant …   se lèèève doucement...    conserve péniblement un équilibre précaire    ...     repart d'un pas lourd   ...
    et disparaît derrière la colline   ...